• Savoir vieillir

    Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire,

    Tout haut, non pas pour voir protester les amis,

    Mais pour y conformer ses goûts et s'interdire

    Ce que la veille encore on se croyait permis.

    Avec sincérité, dès que l'aube se lève,

    Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour.

    À chaque cheveu blanc se séparer d'un rêve

    Et lui dire tout bas un adieu sans retour.

    Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeûnes,

    Et nourrir son esprit d'un solide savoir ;

    Devenir bon, devenir doux, aimer les jeunes

    Comme on aima les fleurs, comme on aima l'espoir.

    Se résigner à vivre un peu sur le rivage,

    Tandis qu'ils vogueront sur les flots hasardeux,

    Craindre d'être importun, sans devenir sauvage,

    Se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

    Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,

    Prier et faire un peu de bien autour de soi,

    Sans négliger son corps, parer surtout son âme,

    Chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique foi,

    Puis un jour s'en aller, sans trop causer d'alarmes,

    Discrètement mourir, un peu comme on s'endort,

    Pour que les tout petits ne versent pas de larmes

    Et qu'ils ne sachent pas ce que c'est que la mort.


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  • Que vois-tu toi qui me soignes, que vois-tu?

    quand tu me regarde que penses-tu?

    Une vieille femme grincheuse, un peu folle, le regard perdu,

    qui n'y est plus tout à fait,

    qui bave quand elle mange et ne répond jamais,

    qui lorsque tu dis d'une voix forte "ESSAYEZ"

    semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais

    et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas.

    Qui docile ou non, te laisse faire à ta guise.

    C'est ça que tu pense c'est ça ue tu vois?

    Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi.

    Je vais te dire qui je suis, assises là, si tranquille,

    me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux.

    Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère,

    des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux.

    Une jeune fille de 16 ans, des ailes aux pieds,

    rêvant que bientôt elle rencontrera un fiancé.

    Mariée dèjà à 20 ans, mon coeur bondit de joie

    au souvenir des voeux que j'ai fais ce jour là.

    J'ai 25 ans maintenant et un enfant à moi,

    qui a besoin de moi pour lui construire une maison.

    Une femme de 30 ans, mon enfant grandit vite, 

    nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui

    dureront. Quarante ans, bientôt il ne sera plus là

    mais mon homme est à mes côtés qui veille sur moi.

    Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés

    me revoila avec des enfants moi et mon bien-aimé.

    Voici les jours noirs, mon mari meurt, je regarde vers le futur

    en fremissant de peur, car mes enfants sont tous occupés

    à élever les leurs et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus

    Je suis vieille maintenant et la nature est cruelle, qui s'amuse à 

    faire passer la vieillesse pour folle. Mon corps s'en va, la grâce et

    la force m'abandonnent et il y a maintenant une pierre là ou jadis j'eus

    un coeur  mais dans cette vieille carcasse la jeune fille demeure.

    dont le vieux coeur se gonfle sans relâche Je me souviens des joies,

    je me souviens des peines et à nouveau je sens ma vie et j'aime.

    Je repense aux années trop courtes et trop vites passées et j'accepte

    cette réalité implacable que rien ne peut durer.

    Alors ouvre les yeux toi qui me soignes, et regarde non

    la vieille dame grincheuse! regarde mieux, tu me verras.


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  • "CONTEMPLEZ AUSSI"
     
    Parfois dans un rêve
    je me trouve assis,
    seul sur la grève, 
    détendu et sans souci.
     
    Je vois en avalanches 
    les vagues ondoyer,
    portant l'écume blanche
    doucement à mes pieds.

    La marée fait son retour
    fatiguée d'un long voyage
    et collecte alentours,
    couteaux vides et coquillages.

    Le soleil orange au bout du monde
    prend son bain avant de se coucher,
    et j'entends les flots qui grondent,
    montant à l'assaut des rochers

    Le ciel dans la chaleur d'aout
    s'est paré de rouge, embrasé de partout
    et la houle en ses mouvements d'argent et d'or,
    offrent à mes yeux un fabuleux décor.

    Devant tant de couleurs et tant de beauté,
    discernant là, l'oeuvre divine,
    le coeur cognant dans ma poitrine,
    je me sens littéralement emporté

    Et voila qu'accompagnant la mouette
    je survole les rochers,
    de l'astre couchant je me rapproche,
    et loin dans l'océan oubliant les sables,
    je vois s'ouvrir à moi les portes de l'inéffable

    Si un jour sur la grève
    vous me voyez assis,
    ne brisez pas mon rêve,
    à mes côtés contemplez aussi.

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